Le début d’action de ce roman se déroule en 2005
dans un village idyllique perché de l’Ardèche, assez proche du département de
l’Ain, village nommé Presle-la Vallée.
Au cœur du village se dresse un café-resto, le Bellevue, où se
réunissent les gens pour boire un verre, manger, jouer à la pétanque, échanger…
Didier et Sylvie Morin en sont les patrons. Ils ont une fille Justine âgée de 7
ans qui a fini par se fondre dans le décor pour ne pas gêner ses parents qui
trimaient dur pour réussir. Tout le monde se connaît et garde un œil sur chacun
notamment sur les enfants qui jouent librement sur la place. En milieu
d’après-midi, moment où on relâche un peu l’attention, Justine joue à
cache-cache et cherche sa cousine Mathilde qui s’est cachée selon elle, dans
une ruelle déserte. Personne ne la reverra. La dernière à l’avoir saluée est
Mme Coelho, patronne du bureau de tabac.
En attendant l’arrivée des gendarmes dont certains
participent à un mariage, les villageois commencent les recherches. L’équipe
gendarme est composée de Tassi, Baranès et Larrivoire qui, à priori pensent à
une fugue de Justine mais devant la fermeté des villageois, ils se mettent à
l’œuvre et entreprennent les battues collectives.
L’auteur nous oriente longuement sur la
description de Tassi. C’est un flic alcoolique rattrapé au vol par ses
collègues sans lesquels il devrait être mort depuis longtemps. En effet, un
jour de beuverie alors que sa petite-fille l’accompagnait, Tassi a eu un
épouvantable accident de voiture en rentrant chez lui. Sa fille est morte, sa
femme l’a quitté avec son jeune fils. Avec un tel passif, Tassi aurait dû être
radié, mais ses collègues ont falsifié les analyses, les preuves, enfin arrangé
les choses pour essayer de lui redonner une chance. Lui n’en a cure, il se
moque de tout, il souffre, il boit etc… Au retour de cette première battue, en
pleine nuit, Tassi hébété par l’alcool et la fatigue arrête sa voiture pour
téléphoner en haut d’une côte. Il assiste par hasard à une scène presque
irréelle : en bas un homme creuse un trou et s’apprête à enterrer un
corps. Le temps qu’il réagisse et descende pour rejoindre la scène, il parvient
enfin sur les lieux où il trouve un berger allemand et Gabin Lepage, voisin un
peu marginal qui porte le petit cadavre de Justine dans les bras. Gabin est
arrêté, il est le coupable idéal, tout l’accuse, l’affaire est jugée. Il est
condamné à 20 ans de prison.

En 2017, Tassi à la
retraite est atteint de cirrhose du foie. Il a décidé de ne plus boire et de se
rapprocher, autant que faire se peut, de son unique fils Guillaume marié,
devenu papa et vivant au Luxembourg. C’est à ce moment-là que le cadavre de
Laetizia Martinez (17 ans) disparue depuis une semaine est retrouvé par des
chasseurs dans l’Ain. Tassi est frappé par l’analogie des sévices subis par
Justine et Laetizia et décrits par la presse. Il est pris de doutes qu’il veut
partager avec le capitaine Delalandre, chef de la brigade à Bourg en Bresse.
Le capitaine botte en touche, conscient du passé
de Tassi, alcoolique, retraité et représentant le plus farouche adversaire de
Gabin pour le faire avouer en 2005. Et de nouveaux meurtres et disparitions
présentant des similitudes entre eux continuent de se perpétrer. Pour rouvrir
le dossier et faire éclater la vérité, Tassi bourré de culpabilité se rapproche
d’un auteur de thrillers, spécialiste des serial Killers, Nathan et d’une
grande avocate spécialiste des causes perdues, Emma touchée par le cas de Gabin.
L’objectif est de le faire innocenter 15 ans après. Emma a été formée par une
célèbre avocate : Louisa Rauch, mère d’Anthony dit la Poire, enquêteur du
précédent roman « l’empathie ». Ce clin d’œil est amusant et
quelque part important.
Ce trio nous entraine dans une enquête à forts
rebondissements où le suspense nous mène jusqu’au bout sur un final qu’on
n’attendait pas. Une longue série de disparitions non éludées vont être
étudiées et nous révéler une effroyable réalité qu’on peut tous connaître un
jour. Jusqu’au bout du roman, nous suivons ces personnages très marqués
psychologiquement et qui chacun dans leur domaine avec leurs forces et leurs
faiblesses vont tout faire, au péril de leur vie pour apporter les preuves et
faire coincer le vrai coupable. Fermer
les yeux c’est aussi l’attitude de la Justice face à la réhabilitation des
innocents et face aux personnalités intouchables, coupables de débordements
impunis. On assiste à la rédemption de Tassi qui a tant à se faire pardonner.
Malgré tout je ne me suis pas attachée à ce personnage trop malsain, trop
cabossé par la vie, ni aux enquêteurs divers qui se voilent la face par
facilité ou complicité.
Mon personnage attachant est Emma, l’avocate qui a
choisi de se battre contre tous et surtout contre l’injustice, en hommage à son
modèle Louisa Rauch. Ce roman en trois parties est bien écrit dans un style
très ciselé. Il est bien abouti, percutant et surtout passionnant.